Page de référence Publié le 29 mai 2026 12 min de lecture

Facteurs d’émissions M365 (méthode Lecko)

Méthodologie, ordres de grandeur et sources publiques pour évaluer l’empreinte environnementale des usages de Microsoft 365 en entreprise. Les chiffres sont sourcés, la méthodologie documentée, les hypothèses explicites.

Auteurs
Lecko x Cog’X x Gr33t
Méthodologie
Étude Umweltbundesamt (4 data centers), mix électrique européen 2024, panel Gr33t (15 000 utilisateurs M365)
Mots-clés
Empreinte numériqueMicrosoft 365Facteurs d'émissionCloudSobriété

Cette page regroupe les facteurs d’émissions de CO2 utilisés par Gr33t pour évaluer l’empreinte environnementale des usages de Microsoft 365 en entreprise. Les chiffres sont sourcés, la méthodologie est documentée, les hypothèses sont explicites. L’ensemble se mobilise pour outiller un bilan carbone, dimensionner une démarche de sobriété, ou objectiver les ordres de grandeur dans une discussion COMEX.

Synthèse des principaux facteurs

Trois ordres de grandeur à mémoriser, valables pour un usage Microsoft 365 hébergé en Europe.

UsageFacteur d’émission
Stockage OneDrive, SharePoint, Teams, Exchange732 kgCO2e / To / an ou 732 gCO2e / Go / an
Flux de données (envoi, téléchargement) en France5 gCO2e / Go
Email avec pièce jointe (par destinataire et par Mo)0,732 gCO2e × (nombre de destinataires + 1) × taille en Mo, par an

Ces chiffres sont calculés à partir de sources publiques (agence fédérale allemande de l’environnement, Stanford, European Electricity Review), avec une transparence complète sur les hypothèses appliquées. Ils sont détaillés et explicités dans les sections suivantes.

Pourquoi mesurer les facteurs d’émissions

Un service en ligne comme Microsoft 365 est très différent d’une application qui tourne sur un serveur local ou sur son propre ordinateur. Le stockage de données dans le cloud à grande échelle nécessite la construction de centres de données, qui doivent être réfrigérés et sécurisés. La consommation d’énergie ne s’arrête pas à l’usage actif : les données stockées consomment en permanence pour rester accessibles, et les flux d’accès consomment à chaque opération.

Peu d’études ont jusqu’à présent analysé le cas spécifique du stockage de données via un service cloud commercial. Stanford a publié en 2017 les premières conclusions sur ce sujet. Plus récemment, en 2021, l’agence fédérale de l’environnement allemande, équivalente de l’ADEME en France, a publié des travaux très détaillés sur l’analyse de l’impact environnemental du cycle de vie des infrastructures cloud, sur la base de quatre data centers.

Sans facteur d’émission fiable, il est impossible de produire un bilan carbone du numérique, de prioriser des actions, ou de mesurer une trajectoire de progrès. Les chiffres exposés ici constituent la base de calcul utilisée par Gr33t pour ses indicateurs clients.

Méthodologie de calcul

Bandeau introductif de la méthodologie de calcul des facteurs d'émissions

Graphique du mix énergétique européen utilisé en référence

Le calcul du facteur d’émission du stockage repose sur trois éléments : la consommation énergétique du stockage d’un téraoctet, le mix énergétique appliqué à cette consommation, et l’effet de la réplication des données dans l’architecture Microsoft.

Données sources

L’étude de l’agence fédérale allemande analyse en détail quatre data centers représentatifs et évalue l’impact environnemental de chaque composant dès sa fabrication, en prenant en compte l’allocation partielle des ressources serveur au stockage et leur consommation énergétique. Le résultat moyen retenu est de 3 634 mégajoules par téraoctet et par an, soit 1 009 kWh.

Mix énergétique appliqué

Le facteur d’émission par kilowattheure dépend du mix énergétique du pays où sont hébergés les data centers. L’application au mix allemand (366 gCO2e par kWh) conduit par exemple à un facteur de 210 kgCO2e par téraoctet et par an, hors réplication.

Le service Microsoft 365 est, pour des raisons juridiques, hébergé en Europe sans précision du pays exact. Le facteur d’émission moyen européen est plus approprié : 242 gCO2e par kWh en 2023 (source : European Electricity Review 2024).

Effet de la réplication

Pour assurer la résilience des services OneDrive et SharePoint, Microsoft réplique les données. La réplication par défaut est de trois copies dans le même data center (Locally Redundant Storage). Elle peut atteindre six copies pour les entreprises étendues utilisant la réplication entre plusieurs zones (Geo-Redundant Storage).

Le facteur retenu pour les calculs Gr33t correspond au régime par défaut, soit trois réplications. Les organisations en GRS doivent appliquer un coefficient supérieur.

Calcul final pour le stockage

1 009 kWh × 242 gCO2e par kWh × 3 réplications = 732 kgCO2e par téraoctet et par an.

Soit, exprimé par gigaoctet, 732 gCO2e par Go et par an.

Facteurs par usage

Graphique des facteurs d'émissions par flux de données Microsoft 365

À partir du facteur de stockage, les autres usages Microsoft 365 se déduisent ou s’évaluent selon une méthodologie cohérente.

Stockage OneDrive, SharePoint, Teams, Exchange

Les quatre services partagent la même infrastructure de stockage. Le facteur appliqué est donc identique : 732 kgCO2e par téraoctet et par an. Cette valeur s’applique à l’ensemble des fichiers conservés, qu’ils soient consultés ou non. Le stockage dormant consomme autant que le stockage actif.

Email et pièces jointes

Les émissions des emails proviennent principalement du stockage des pièces jointes, et secondairement du transit. Les pièces jointes sont dupliquées dans la boîte de chaque destinataire, et une copie supplémentaire est conservée chez l’émetteur. L’absence de quota strict sur les boîtes mail n’incite pas à supprimer les messages une fois lus, ce qui prolonge le stockage.

La formule de calcul utilisée par Gr33t :

Émissions d’un email = (nombre de destinataires + 1) × 0,732 gCO2e × taille de la pièce jointe en Mo, par an de conservation.

Exemple : un mail contenant une pièce jointe de 1 Mo envoyé à 4 destinataires émet 3,66 gCO2e par an si les boîtes mail ne sont pas nettoyées. Multiplié par dix ans de conservation, l’impact atteint 36,6 gCO2e par mail.

Flux de données et téléchargements

L’empreinte des flux Internet est plus difficile à chiffrer précisément en raison des fortes différences selon les modes de transmission. La valeur médiane mondiale s’établit autour de 32 gCO2e par gigaoctet, dans une fourchette de 28 à 63 gCO2e par Go.

En France, la décarbonation avancée du mix électrique réduit considérablement ce facteur : 5 gCO2e par Go, soit 86% en dessous de la médiane mondiale.

Chaque ajout, modification ou téléchargement d’un fichier sur OneDrive, SharePoint ou Teams génère un flux. Le facteur retenu pour les calculs Gr33t en contexte français est 5 gCO2e par Go transféré.

Versions automatiques de fichiers

OneDrive, SharePoint et Teams créent automatiquement des versions des documents modifiés. Le mécanisme permet de revenir en arrière dans l’historique et de retrouver les contributions individuelles dans un travail collectif. Chaque version constitue un fichier à part entière, avec un volume équivalent à celui de la version active. Dix versions occupent dix fois l’espace de la version active.

Par défaut, Microsoft conserve jusqu’à 500 versions par fichier. L’administrateur de la plateforme peut configurer ce maximum, sans pouvoir descendre en dessous de 100 versions.

L’analyse du panel Gr33t (15 000 utilisateurs Microsoft 365) révèle que les fichiers bureautiques (Word, Excel, PowerPoint), qui représentent 2% du stockage, occupent en réalité 75% du volume OneDrive une fois leurs versions cumulées comptabilisées. L’inflation des versions est l’angle mort le plus significatif des bilans de stockage.

Visioconférence et enregistrements

Les enregistrements de visioconférence Teams génèrent des fichiers de taille significative. Une heure de visio Teams enregistrée pèse environ 150 Mo. Le facteur de stockage habituel s’applique à ces fichiers, qui sont par construction peu consultés au-delà des premières semaines.

Les enregistrements à finalité de capitalisation (formations, webinaires, supports KM) méritent un espace dédié et organisé. Les enregistrements de réunions courantes ont rarement une durée d’intérêt qui justifie leur conservation.

Copilot et agents IA

L’étude actuelle des facteurs d’émission Microsoft 365 ne couvre pas les usages de Copilot ni les pipelines de Retrieval Augmented Generation (RAG) qui s’appuient sur le patrimoine documentaire de l’entreprise. Ces usages introduisent une consommation supplémentaire significative à chaque requête, et un surcoût de stockage pour les bases vectorisées.

Gr33t pre-RAG, en qualifiant la matière documentaire ingérée par les agents IA, agit en amont de ces consommations et peut diviser par dix ou vingt le volume traité par les pipelines RAG, ce qui réduit d’autant les coûts énergétiques et financiers associés. La méthodologie de chiffrage spécifique IA sera publiée séparément.

Évolutions observées sur trois ans

Graphique de l'évolution des émissions liées aux usages Microsoft 365 sur trois ans de panel

L’analyse du panel de 15 000 utilisateurs Microsoft 365 sur trois années consécutives montre que les émissions liées aux usages M365 augmentent de 30 à 50% chaque année. L’accroissement provient principalement de l’inflation du stockage. La croissance des emails est plus modérée, mais les conversations chats apportent une nouvelle source d’émission qui ne figurait pas dans les premiers bilans.

À l’échelle individuelle, 85% des collaborateurs aggravent leurs émissions d’une année sur l’autre : 45% augmentent significativement et jusqu’à presque doubler, 40% au moins doublent leurs émissions chaque année. Deux causes principales : la mauvaise utilisation des outils numériques et la croyance en une ressource numérique illimitée, quasi gratuite. Sans prise de conscience du besoin de contenir cette inflation, l’empreinte du numérique va continuer à croître.

Ces chiffres ne couvrent pas encore les usages Copilot et IA générative, qui constitueront une source d’émission supplémentaire à intégrer dans les bilans à venir.

Comment ces facteurs s’utilisent en pratique

Les facteurs exposés ici se mobilisent dans plusieurs contextes opérationnels.

Pour produire un bilan carbone du numérique en entreprise, en multipliant le volume de stockage par direction par le facteur de 732 kgCO2e par To et par an, en ajoutant les flux annuels, et en ajustant selon la localisation des data centers utilisés.

Pour dimensionner les bénéfices attendus d’une démarche de sobriété, en simulant l’effet d’une réduction de 20% du stockage ou d’une suppression des versions superflues sur un patrimoine donné.

Pour objectiver les ordres de grandeur dans une discussion COMEX, en traduisant le volume de stockage évoqué (téraoctets) en équivalents CO2 (tonnes), comparables à des références plus tangibles (vols, kilomètres en voiture).

Pour sensibiliser et acculturer les collaborateurs, en construisant des messages didactiques sur leur propre empreinte individuelle et collective, à partir de chiffres incontestables.

Sources et références

  • Agence fédérale de l’environnement allemande (Umweltbundesamt), 2021, étude sur l’analyse environnementale du cycle de vie des infrastructures cloud (publication originale en allemand)
  • Stanford University, 2017, étude sur le stockage de données via services cloud (Stanford Magazine)
  • European Electricity Review 2024, facteur d’émission moyen européen du mix électrique
  • Étude « The overlooked environmental footprint of increasing Internet use », sur les émissions des flux Internet
  • Microsoft, documentation officielle sur la réplication des données SharePoint et OneDrive (SharePoint and OneDrive data resiliency in Microsoft 365)
  • Microsoft Azure, documentation des niveaux de redondance Azure Blob Storage
  • Panel Gr33t, 15 000 utilisateurs Microsoft 365, données 2022-2024

Aller plus loin

Une empreinte numérique difficile à contenir →

Télécharger le manuel du Digital Cleanup →

Découvrir Gr33t Numérique Responsable →

Découvrir Gr33t pre-RAG, qualifier les sources de l’IA →

Citer cette ressource
Lecko, Cog’X & Gr33t (2026). Les facteurs d’émissions des usages de Microsoft 365 : méthodologie, ordres de grandeur, sources publiques. Gr33t. https://gr33t.fr/ressources/facteurs-emissions-microsoft-365